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Une heure à la radio pour parler d’eau, de risques… et de ce qu’on ne dit jamais assez

  • 1 févr.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 févr.

Par Valérie SCHWOB


Invitée comme experte par la RTS La Première pour une émission consacrée aux noyades, j’ai vécu une expérience radiophonique intense, enthousiasmante et parfois déstabilisante. Entre recherche, engagement de terrain, handicap invisible et frustration de ne pas tout dire, retour sur une immersion au cœur d’un enjeu majeur de santé publique.




Tout commence au retour d’une escapade aquatique à Nice, en septembre 2025. Un mail inattendu arrive : RTS La Première, la radio-télévision suisse, me propose de participer en tant qu’experte à une émission sur les noyades. Un sujet lourd, essentiel, trop souvent relégué au second plan alors qu’il s’agit d’un véritable problème de santé publique. Je me sens immédiatement concernée.


Ce sont mes travaux de recherche menés en 2012, sur les représentations culturelles de l’eau, qui ont retenu leur attention. À l’époque, j’avais enquêté en Chine (Canton) et au Sénégal (Dakar). Surprise, flattée, enthousiaste : j’accepte. L’enregistrement est prévu pour le 4 octobre. Le compte à rebours est lancé.


📻 Se préparer à prendre la parole


Première étape : écouter et réagir à des extraits radiophoniques. L’émission Les échos de Vacarme s’appuie sur cinq documentaires, suivis d’un débat entre deux experts. L’autre invitée est sociologue du risque à l’université de Lausanne. Je découvre des reportages sur les sauveteurs, la prévention, les noyades dans les lacs suisses, mais aussi au Cameroun, l’apprentissage de la nage chez les enfants, et des initiatives permettant aux personnes migrantes d’accéder à la pratique aquatique en Suisse.


Tout résonne avec mon approche. Je prends des notes, replonge dans mes recherches, mets à jour mes références. Une heure d’émission, ça passe vite… mais je me dis que l’essentiel trouvera sa place. Je replonge dans mes recherches et actualise un peu le tout.



🎙️ La radio, un espace de dialogue… et de contraintes


Un long entretien préparatoire (une heure) avec la journaliste, Raphaele Bouchet, me confirme à quel point j’aime la radio et les podcasts. On échange sur nos expériences aquatiques, sur Alfred Nakache, sur le sens profond de savoir nager. C’est passionnant, on rebondit d’idées en idées. À l’écoute des cinq émissions, j’ai tellement de choses à dire. Tout s’entrechoque ! Les idées se bousculent : la différence entre savoir nager en piscine et en eau libre, les inégalités d’accès à l’apprentissage, l’accueil des personnes migrantes, les métiers de l’eau, le sauvetage en mer avec SOS Méditerranée. Trop à dire. Déjà.



Je pense que savoir nager en piscine est restrictif, je plaide souvent pour la pratique en eau libre, c’est un réel changement de dimension, et une définition du savoir bien plus large. Le reportage sur le Cameroun qui est diffusé dans l'émission, interpelle mes recherches au Sénégal, les inégalités face à l’apprentissage. Quant au reportage sur l’accueil des migrants, il fait écho à ce qu'on a pu vivre au sein de l'association Les Reflets de l'eau, en accueillant parfois des non nageurs adultes et migrants parfois. Action passionnante qui donne du sens au métier de maitre-nageur.


🚲 Le jour J : excitation… et solitude


Le 4 octobre, je traverse Paris à vélo pour rejoindre le studio parisien de la RTS. Ce sera un duplex. Je suis seule dans une pièce, entourée de micros, le technicien derrière une vitre. Et là, un détail crucial me rattrape : je suis malentendante. J’ai oublié de le préciser. Le son est ajusté, mais je sais que ce sera délicat. Sans visages, sans lecture labiale, la radio peut devenir un espace très solitaire. Je suis toute excitée, j’ai mon cahier de notes pour ne pas oublier de dire des choses que j’estime importantes…



🔊 À l’antenne : fluidité, pression, imprévus


L’émission démarre. Le ton est détendu, les échanges fluides. Je parle des stades de la noyade, du savoir-nager tout au long de la vie, des représentations culturelles de l’eau, notamment au Sénégal. Certaines questions me prennent de court — comme celle sur la « noyade sèche ». Je fais au mieux, avec ce que je sais. La chaleur monte, l’adrénaline aussi. J’aurais envie de rebondir davantage, mais le format impose d’attendre son tour. C’est la règle du jeu radiophonique. J’évoque le savoir nager, vaste et tout au long de la vie, la connaissance de ses capacités, le travail pédagogique et les représentations de l’eau au Sénégal.


Puis vient un moment plus difficile. Je n’ose plus faire répéter. Une question m’échappe complètement. Je comprends le thème — les femmes migrantes qui apprennent à nager — et je parle de leur courage, de leur parcours, de la possibilité d’apprendre à tout âge. Mais le mot clé m’a échappé : l’empouvoirement (empowerment). Je le saurai plus tard. Un léger regret.



🌅 Après coup : gratitude et frustration


Quand l’émission s’achève, je suis vidée. Un sentiment d’accomplissement se mêle à une frustration persistante : l'impression de ne pas avoir dit l’essentiel. Rien ou presque sur la formation des maîtres-nageurs sauveteurs, sur le nombre encore trop élevé de personnes qui ne savent pas nager, sur les moyens insuffisants, sur des pédagogies parfois trop intuitives, sur l’idée qu’il n’est pas nécessaire d’effrayer pour apprendre, ni sur les bénéfices du savoir-nager pour la santé, tout au long de la vie.


Je rentre à vélo le long de la Seine, redevenue baignable. Entre reconnaissance et frustration. Reconnaissante pour cette expérience, pour la confiance accordée, pour la qualité des échanges. Frustrée, aussi, de n’avoir pu tout dire.


Mais peut-on vraiment tout dire en une heure de radio ?


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