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Comment faire des piscines des espaces inclusifs pour les minorités de genre ?

  • 25 févr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 26 févr.

Sport de bien-être par excellence, la natation est souvent présentée comme une pratique accessible à toutes et tous. Pourtant, pour de nombreuses personnes, la piscine peut devenir un espace d’angoisse, d’exclusion et de violence symbolique. Comment expliquer ces mécanismes ? Et surtout, quelles pistes concrètes pour rendre les piscines réellement inclusives ?


Comprendre de qui l’on parle : quelques repères


Avant d’aller plus loin, posons un cadre terminologique :

  • Minorités de genre : personnes dont l’identité de genre diffère de la norme sociale dominante fondée sur la division binaire homme/femme, ou qui ne se reconnaissent pas dans le genre assigné à la naissance.

  • Personnes trans : personnes qui vivent ou souhaitent vivre dans un genre différent de celui qui leur a été assigné à la naissance.

  • Personnes non binaires : personnes dont l’identité de genre ne se retrouve pas dans la binarité homme/femme.

  • Autres minorités de genre : queer, gender-fluid, agenre, etc.

Ces catégories ne sont ni figées ni homogènes, mais elles permettent de comprendre des expériences sociales communes.


Dans quel vestiaire se changer ? Quel maillot porter ?


Les piscines municipales ont été historiquement conçues pour des publics majoritaires — en l’occurrence des personnes cisgenres, c’est-à-dire dont l’identité de genre correspond au sexe assigné à la naissance. Dans les piscines, la binarité de genre est partout : Vestiaires, douches, toilettes, maillots différenciés pour les hommes et les femmes


Les personnes non binaires n’ont littéralement pas de place dans les piscines donc la structure repose sur la binarité de genre. Les piscines peuvent être des espaces particulièrement violents pour les personnes non-binaires, où iels sont constamment renvoyé·es à leur minorité et leur marginalité en termes de genre. Les recherches montrent que cette organisation contribue à un sentiment d’illégitimité et d’insécurité.


Expériences de transphobie et évitement des piscines


Des questions similaires se posent pour les personnes trans, même lorsqu’iels correspondent à la binarité de genre.


→ Exclusion des vestiaires ou des douches correspondant à leur genre

→ Impossibilité de porter le maillot de bain souhaité (par exemple, les hommes trans n’ayant pas entamé de torsoplastie (intervention chirurgicale qui consiste à enlever les glandes mammaires et à remodeler la poitrine pour donner au thorax un aspect masculin) se voient parfois demandé de porter un haut de maillot)

--> Exclusion des femmes trans des créneaux horaires réservés aux femmes

 

Les études et les témoignages montrent que les personnes trans et non binaires ressentent un malaise et une forte insécurité dans les piscines, parfois liés à des expériences traumatiques, ce qui entraîne bien souvent un évitement de ces espaces, et donc une faible pratique de la natation parmi les minorités de genre

--> impact négatif sur la santé physique et psychologique


Le dévoilement des corps : un enjeu central


Autre obstacle majeur à la pratique de la nation chez les minorités de genre : le dévoilement des corps


--> Les minorités de genre ont souvent un rapport difficile à leur propre corps (décalage entre le corps physique et l’identité de genre, cicatrices liées à l’opération de transition, etc). Il est donc particulièrement difficile pour ces minorités d’exposer ainsi leur corps presque nu non seulement aux autres mais à soi-même


--> Le dévoilement des corps dans les piscines accentue le rôle des normes corporelles – notamment les normes de beauté et les normes de genre. La non-conformité des corps aux normes de genre dominantes, ainsi qu’aux normes de beauté associées à la féminité et la masculinité, expose les minorités de genre aux regards des autres usager·es, souvent plus insistants voire hostiles que pour les personnes cis. L’enjeu de la nudité partielle, de la surveillance permanente et du jugement des autres est un enjeu particulièrement violent pour les personnes non binaires ou transgenres dans les piscines, et l’une des raisons principales de la non pratique de la natation par ces populations



Quelles solutions pour des piscines inclusives ?


1. Mettre en place des créneaux transonly ou transfriendly

  • Transonly : réservés aux personnes trans et non binaires.

  • Transfriendly : ouverts à tou·tes, avec un principe explicite de tolérance et d’inclusivité.

Ces dispositifs permettent :

  • de s’extraire de la pression sociale

  • de pratiquer sans crainte de réactions transphobes

  • de nager en groupe et créer un sentiment de communauté

  • de se réapproprier un espace public dont on se sent exclu·e

À Paris, l’association Acceptess-T a mis en place des créneaux dédiés aux personnes transgenres, intersexes et à leurs proches. Les retours sont très positifs.

Des initiatives similaires sont largement développées au Canada, où elles participent à renforcer la visibilité et l’intégration des personnes trans dans l’espace sportif.


2. Adapter structurellement les établissements

D’autres actions peuvent être mises en place :

  • vestiaires, douches et toilettes non genrés ou individuels

  • suppression des injonctions genrées concernant les maillots (y compris autorisation du topless)

  • Bannir les comportements discriminatoires, en prenant spécifiquement en compte la question de la transphobie

  • Respect des choix et de l’intimité de chacun·e

  • Formation et sensibilisation des professionnels du sport et des personnels des piscines

  • Campagnes de sensibilisation par les affichages dans les établissements

  • travail collectif avec les instances sportives et les pouvoirs publics


En 2021, une tribune publiée dans Libération, intitulée « LGBTI dans le sport : pour une loi plus inclusive », appelait à des évolutions législatives concrètes.


Rendre la natation réellement universelle


La natation est souvent associée au bien-être, à la sérénité et à la santé. Pourtant, pour les personnes trans et non binaires, l’expérience de la piscine peut générer angoisse, stress et évitement. La prégnance de la binarité de genre, les normes corporelles dominantes et les violences transphobes produisent une exclusion souvent implicite mais bien réelle.

Rendre les piscines inclusives n’est pas un simple ajustement logistique : c’est un enjeu d’égalité d’accès à la santé, au sport et à l’espace public. Des solutions existent. Elles demandent une volonté politique, institutionnelle et professionnelle — mais elles montrent qu’une autre pratique de la natation est possible. De nombreux modes d’action permettent de favoriser l’inclusion des minorités de genre dans les piscines, et ainsi de lutter contre la marginalisation de ces populations.


Références académiques :


Bonté, M. (2024), Prendre place dans l’espace public en tant que minorité : enquête croisée sur les personnes trans et les femmes musulmanes dans les piscines municipales françaises. Genre, Sexualité et Sociétés.


Caudwell, J. (2021), Queering Indoor Swimming in the UK: Transgender and Non-binary wellbeing. Journal of Sport and Social Issues.


Gilles de la Londe, J. (2014) Quels sont les obstacles à la pratique d'une activité physique chez les personnes transgenres MtF ? : étude qualitative TRANSSPORT ». Thèse de médecine. Université Paris Diderot.



Autres


Worthing-Davies, M. (2013) Guidance for Swimming Governing Bodies on LGBT Inclusion and the Prevention of Discrimination and Violence. Pride in Sport, European Commission.


Charte Sport & Trans – OUTrans – Association féministe d’autosupport trans à Paris. https://outrans.org/ressources/charte-sport-trans/.


LGBTI dans le sport : pour une loi plus inclusive. Libération, sect. Tribunes. https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/lgbti-dans-le-sport- pour-une-loi-plus-inclusive-20210315_3TJLOBQ4KRAR5GHZ3YJQJJAGSI/.


Valentin, A-S. (2016) Les personnes transgenres s’émancipent à la piscine. Les Inrocks.


Giroux, A. (2016). Acceptess-T, à l’eau pour s’accepter. Transversal : VIH & sida.



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