Chronique – Traverser l’eau à Madagascar (6/8)
- 22 avr.
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À Antananarivo, une exposition sur l’eau ne parle ni de pénurie ni d’infrastructures. Elle raconte des gestes, des croyances, des images, des relations. Cette série de textes courts est consacrée aux différentes thématiques abordées dans l'exposition. Une invitation à penser l’eau autrement, depuis Madagascar.
Baobabs-citernes : stocker l’eau avec le vivant
Dans le sud de Madagascar, là où les sécheresses s’installent et se répètent au fur et à mesure des années et où la terre se fendille, les baobabs dressent leurs troncs massifs dans le paysage. Ils permettent de collecter et de conserver l’eau de pluie dans leurs troncs creux. Cette pratique repose sur une connaissance fine des cycles climatiques, des propriétés de l’arbre et des besoins des communautés. L’eau n’est pas stockée contre le vivant, mais avec lui.
Ce dispositif témoigne d’une ingénierie vernaculaire fondée sur le temps long, la patience et l’adaptation. Contrairement aux solutions techniques rapides souvent promues dans les politiques contemporaines, les baobabs-citernes s’inscrivent dans une logique de continuité et de transmission intergénérationnelle. Ils rappellent que les réponses aux crises hydriques ne passent pas uniquement par l’innovation technologique, mais aussi par la reconnaissance de savoirs locaux anciens.
En clôturant l’exposition sur ces arbres, le parcours propose une perspective résolument politique : penser l’eau, c’est aussi penser les relations entre humains, non-humains et territoires. Les baobabs-citernes incarnent une autre manière d’habiter les milieux, fondée sur la cohabitation plutôt que sur l’exploitation.


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