Chronique – Traverser l’eau à Madagascar (3/8)
- 29 mars
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À Antananarivo, une exposition sur l’eau ne parle ni de pénurie ni d’infrastructures. Elle raconte des gestes, des croyances, des images, des relations. Cette série de textes courts est consacrée aux différentes thématiques abordées dans l'exposition. Une invitation à penser l’eau autrement, depuis Madagascar.
À Madagascar, l’expression Toy ny rano sy vary — « comme l’eau et le riz » — désigne un lien indissociable. Elle sert à parler d’un couple, d’un attachement profond, d’une relation que rien ne peut rompre.
Dans les rizières en terrasses, l’eau recouvre la terre d’une fine pellicule brillante. Sans elle, le riz meurt. Sans riz, les corps ne se nourrissent pas. Mais l’enjeu dépasse largement la subsistance. Le riz est présenté comme un don des ancêtres — certains récits évoquent même un don divin — transmis de génération en génération, entouré de règles, de rituels et d’interdits (fady).
Cette alliance dépasse la sphère agricole. Elle engage un ordre symbolique dans lequel produire et se nourrir ne relèvent jamais uniquement de l’effort humain. La réussite d’une récolte est aussi interprétée comme le signe d’un équilibre maintenu entre les humains, les ancêtres et les forces invisibles. À l’inverse, une pénurie peut être lue comme un désajustement, une rupture dans ces relations.
Réduire l’eau à un simple intrant agricole revient alors à ignorer tout un système de valeurs et de relations. Penser l’eau à travers le riz, c’est rappeler que les ressources n’existent jamais seules. Elles sont toujours prises dans des mondes sociaux complexes, où nourrir les corps revient aussi à maintenir un ordre collectif.




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