Chronique – Traverser l’eau à Madagascar (2/8)
- 25 mars
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À Antananarivo, une exposition sur l’eau ne parle ni de pénurie ni d’infrastructures. Elle raconte des gestes, des croyances, des images, des relations. Cette série de textes courts est consacrée aux différentes thématiques abordées dans l'exposition. Une invitation à penser l’eau autrement, depuis Madagascar.
L’eau vivante : une présence qui agite
Dans l’exposition L’eau au musée de la photographie à Antananarivo, l’eau n’est jamais définie comme une simple substance physique. Les textes insistent au contraire sur son caractère vivant, animé, relationnel. En malgache, l’expression rano velona — l’eau vivante — ne relève pas de la métaphore : elle traduit une conception du monde dans laquelle l’eau possède une vitalité propre.
La langue malgache attribue à l’eau un corps : une tête (loharano, la source), une bouche (vavarano, l’embouchure), un ventre (antsodrano, le lagon), un dos, un arrière-train. L’eau peut marcher (rano mandeha), dormir (rano mandry), se fâcher (tezitra), se taire (mangina). Elle a des humeurs, une mémoire, une capacité à répondre aux actions humaines.
Cette manière de nommer l’eau produit des effets très concrets. Elle implique que l’eau ne peut pas être traitée comme un objet neutre ou inerte. Elle impose une relation faite de respect, d’attention et parfois de crainte. Négliger l’eau, la souiller ou la capter sans précaution, ce n’est pas seulement commettre une erreur technique : c’est rompre un équilibre moral et cosmique.
Penser l’eau comme vivante ne signifie pas refuser toute technique ou toute gestion. Cela signifie plutôt reconnaître une limite : celle de la maîtrise totale. Cette limite oblige à l’attention, à la négociation, à l’humilité. Et elle interroge directement nos manières contemporaines de penser la gestion de l’eau, souvent fondées sur l’illusion d’un contrôle permanent.


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