Piscines inclusives : un enjeu essentiel pour les jeunes minorités de genre
- 6 mai
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Transformer les piscines en espaces inclusifs ne relève pas d’un simple ajustement logistique. C’est une question fondamentale d’égalité d’accès à la santé, au sport et à l’espace public. Pour les jeunes minorités de genre, et en particulier les personnes trans et non-binaires, ces lieux peuvent rapidement devenir sources d’angoisse, voire d’exclusion.
Une expérience souvent invisible… mais profondément marquante
Aller à la piscine n’a rien d’anodin quand le corps devient un sujet de tension. Choix des vestiaires, type de maillot autorisé, interdiction de couvrir certaines parties de son corps… autant de contraintes qui peuvent transformer une activité banale en épreuve.
À l’adolescence, ces difficultés s’intensifient. Le corps change, se transforme, dans une direction genrée, avec l’apparition de caractéristiques physiques associées au féminin et au masculin. Il s’agit d’une période souvent difficile pour les minorités de genre, parfois en pleine découverte de leur propre identité, où apparaît un décalage entre l’apparence physique et l’identité de genre. De plus, l’adolescence est un moment où se cristallisent les injonctions physiques, les normes corporelles, et l’importance de l’apparence extérieure. Le regard des autres, omniprésent dans un espace comme la piscine, accentue ce malaise.
Les cours de natation obligatoires au collège et au lycée cristallisent ces tensions. Pour beaucoup de jeunes trans et non binaires, les cours de natation obligatoires au collège et au lycée sont un moment particulièrement douloureux et traumatisant. Alors que la vue de leur propre corps est déjà souvent compliquée, l’exposition aux regards de leurs camarades devient un véritable supplice.
Et la situation est souvent encore plus complexe : certains jeunes n’ont pas encore identifié ou formulé leur identité de genre, ou ne se sentent pas en sécurité pour en parler. Résultat : un mal-être difficile à expliquer, et donc rarement pris en compte.
Le rôle déterminant des professeur·es d’EPS
Face à ces situations, les enseignant·es d’EPS occupent une position clé. Pourtant, faute de formation ou de sensibilisation, certain·es peuvent adopter des postures de déni, de minimisation ou, parfois, involontairement excluantes. Or, les témoignages montrent que la manière dont un·e professeur·e réagit peut marquer durablement un·e élève dans la construction même de son identité et son acceptation de soi.
Des actions concrètes pour une inclusion réelle
Il existe pourtant des leviers simples et efficaces pour améliorer l’expérience des élèves :
Respecter systématiquement les noms et pronoms d’usage
Réagir de manière adaptée si d’autres élèves utilisent de mauvais pronoms, adoptent une attitude discriminatoire et transphobe, ou tiennent des propos violent sur l’apparence physique
Donner l’exemple en matière de respect, de tolérance et de bienveillance et le respect de chacun·e, de son intimité et de son identité
Être flexible sur les vestiaires (accès à des espaces individuels) et les tenues (maillots plus couvrants, t-shirt adapté si compatible avec la sécurité de l’élève ou l’hygiène du bassin)
Éviter les pratiques genrées, notamment dans la constitution des groupes ou des équipes
Adapter les attentes pédagogiques lorsque nécessaire, sans forcer un·e élève en situation de détresse
Encourager les dynamiques de solidarité entre élèves et les initiatives contre les discriminations
Au fond, il ne s’agit pas de mettre en place des dispositifs complexes, mais d’adopter une posture attentive, à l’écoute et capable de s’adapter aux besoins exprimés.
Penser des piscines inclusives, c’est reconnaître que tous les corps ne vivent pas ces espaces de la même manière. C’est aussi accepter de remettre en question certaines normes implicites – sur les corps, les genres, ou les pratiques sportives.
Créer un environnement où chaque jeune peut participer sans peur, sans honte, c’est permettre un véritable accès au sport. Et au-delà, c’est contribuer à construire des espaces publics plus justes, où chacun·e a pleinement sa place.
Références académiques :
Cet article s’appuie sur de nombreux travaux de recherche en éducation physique, en sociologie du sport et en études de genre, ainsi que sur des recommandations institutionnelles récentes .
Devís-Devís, J., Pereira-García, S., López-Cañada, E., Pérez-Samaniego, V. et Fuentes-Miguel, J. (2018) Looking Back into Trans Persons’ Experiences in Heteronormative Secondary Physical Education Contexts. Physical Education and Sport Pedagogy.Foley, J., Pineiro, C., Miller, D., et Foley, M. (2016) Including Transgender Students in School Physical Education. Journal of Physical Education, Recreation & Dance.
Gilles de la Londe, J. (2014) Quels sont les obstacles à la pratique d'une activité physique chez les personnes transgenres MtF ? : étude qualitative TRANSSPORT ». Thèse de médecine. Université Paris Diderot.
Hutton, R. (2017) Exploring the Effectiveness and Impact of the MHSAA Policy on Transgender Students: Learning from the Experiences of Trans- Youth in Manitoba High Schools.
Travers, A, et Reed, K. (2021) Enquête sur l’environnement - L’éducation physique et à la santé et les jeunes transgenres, non-binaires, et bispirituels. PHE EPS Canada, Université Simon Fraser.
Travers, Ann. (2016) Transgender And Gender-Nonconforming Kids And The Binary Requirements Of Sport Participation In North America.
Autres
« Charte Sport & Trans – OUTrans – Association féministe d’autosupport trans à Paris ».
Franceinfo. (2021) Elèves transgenres : le gouvernement publie une circulaire pour mieux les accueillir à l’école
« Pour une meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire ». (2021) Circulaire du Ministère de l’Éducation Nationale de la Jeunesse et des Sport - Direction Générale de l’Enseignement Scolaire.
« Prévention de l’homophobie et de la transphobie dans les collèges et les lycées ». (2019) Ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse.


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