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Baignade interdite : l’histoire politique des rivières urbaines

  • 27 nov. 2025
  • 2 min de lecture

par Gabriel Ertlé



Aujourd'hui, l'idée de plonger dans la Seine, le canal Saint-Martin ou le Rhône peut sembler folle... ou utopique. Pourtant, pendant des siècles, se baigner en ville était une habitude courante, populaire et profondément ancrée dans la vie urbaine. Alors pourquoi les baignades ont-elles été interdites ? Et pourquoi reviennent-elles aujourd'hui au cœur des projets urbains et écologiques ? Plongée dans l'histoire politique d'un rapport ambivalent à l'eau en ville.


UNE PRATIQUE POPULAIRE OUBLIÉE


Au XIXe siècle, les rivières, canaux et fleuves traversant les villes étaient des lieux de baignade populaire, gratuits, souvent mixtes...

C'était là qu'on apprenait à nager, qu'on se rafraîchissait l'été,

qu'on se rencontrait, dans un espace libre et accessible.

Des "bains flottants" apparaissent à Paris dès le XVIIIe siècle. Les enfants plongent dans les quais, les adultes s'y lavent ou s'y divertissent. À cette époque, la question de la pollution ne se pose pas encore dans les mêmes termes, et l'eau est perçue comme une ressource vivante, utilitaire et sociale.

Mais tout va basculer avec la révolutionindustrielle...



HYGIÈNE & POLLUTION: LES PREMIERS INTERDITS


Tout change avec la révolution industrielle et l'urbanisation massive du XIXe siècle. Les rivières urbaines se transforment en réceptacles de déchets industriels et d'eaux usées. On y rejette tout : excréments, cadavres d'animaux, boues toxiques, rejets d'usines… Résultat : les rivières deviennent insalubres, malodorantes, vectrices de maladies (choléra, typhus). Résultat : Les municipalités commencent à interdire la baignade pour des raisons sanitaires, mais aussi morales : l'exposition des corps devient problématique dans l'espace public.


DES COURS D'EAU CANALISÉS, ENTERRÉS, OUBLIÉS


Durant les Trente Glorieuses, 1950-70, les politiques urbaines cherchent à assainir et rationaliser les villes. Cela passe souvent par la canalisation, voire l'enterrement pur et simple de nombreux cours d'eau (comme la Bièvre à Paris, recouverte dans les années 1950). L'eau devient un élément technique, non plus vécu mais géré. Les villes tournent le dos à leurs rivières. Elles deviennent invisibles, inaccessibles... et interdites à la baignade.


UNE HISTOIRE DE NORMES (ET DE POLITIQUE)


Années 2000: la baignade revient dans les débats publics. Pollution mieux maîtrisée, nouvelles normes de dépollution, projets urbains écolos… Les villes rêvent de renouer avec leurs fleuves.

Mais tout n'est pas si simple. Aujourd'hui encore, si beaucoup rêvent de se baigner dans les rivières urbaines, la loi l'interdit souvent. Pourquoi ? Parce que l'eau, même "propre" ", ne respecte pas toujours les normes de qualité bactériologique fixées par l'Union européenne. Les pluies font déborder les réseaux d'égouts; les polluants invisibles (métaux lourds, résidus médicamenteux, etc.) persistent; les risques physiques (courants, profondeur, surveillance) restent élevés. Mais derrière ces normes, il y a aussi une vision politique de l'espace public: qui peut y accéder, dans quelles conditions, et à quelles fins ? Se baigner dans une rivière urbaine, c'est réaffirmer un droit au plaisir, à l'usage collectif, à la ville vivable

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